Wednesday, 21 September 2011

Les soeurs de Gion/ Sisters of Gion (1936)

ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE!!
Hier soir c'était la rentrée du ciné-club Jean Douchet et cette année c'est Mizoguchi qui est à l'honneur, ça tombe bien j'ai vu très peu de ses films et j'adore le cinéma japonais.
Le cycle commence donc avec Les Soeurs de Gion.
Ce que j'aime dans ce ciné-club c'est que l'état de la copie n'empêche pas la diffusion, et nous avons été prévenus qu'il pourrait y avoir des accidents, car la copie est très usée, je pense que c'est celle que j'avais vu lorsque j'étais étudiante vu que la seule chose dont je me souviens de ce visionnage était son triste état. Appel à qui voudra l'entendre IL FAUT RESTAURER LES SOEURS DE GION
Je ne sais pas comment j'avais fait pour oublier ce film qui est extraordinaire d'un bout à l'autre, d'une construction parfaite, de dialogues cinglants et brillants, et d'acteurs absolument magnifiques.
Comme un spectateur l'a brillamment dit ce film est balzacien dans le sens où il explore les rapports et intrications entre l'argent et les sentiments. Il met en scène deux femmes, deux geishas, deux soeurs, qui agissent de manière très différentes envers les hommes: l'une est loyale, soumise à la tradition et ne porte que des kimonos, l'autre manipule pour obtenir ce dont elle a besoin pour s'en sortir ( après tout une geisha vit de l'argent que lui donne les hommes, s'ils croient qu'elle peut tomber amoureuse ils n'ont pas compris la règle du jeu) elle se revendique moderne et éduquée, elle alterne le port du kimono et celui du vêtement occidental.

L'une des soeurs serait donc la thèse et l'autre l'antithèse, la synthèse serait que de toutes façons ni l'une ni l'autre n'a le dernier mot, c'est la société, cette société des hommes qui décide pour elles.
Mais ce film n'est pas fataliste, une lutte est engagée.
Jean Douchet a bien insisté sur le fait que cet opus par la violence et la force de ses thèses n'était pas passé inaperçu à l'époque (1936) même à l'internationale.
Les dialogues sont purement jouissifs et portés par des acteurs au sommet de leur art. Durant la scène où la jeune soeur, Omacha manipule le patron du commis du magasin de kimonos (à qui elle avait promis l'amour contre un kimono) le menant avec intelligence et esprit, d'ennemi qu'il était à protecteur, j'ai dans ma tête hurlé « Omocha tu es mon héros! »
Il n'y a absolument aucunes scories dans ce film, il fuse sur un rythme endiablé qui ne nous laisse pas une seconde pour nous endormir, il est monté au fouet, sec et gracieux, lorsqu'une chose est dite ou faite on passe à la suite ( comme l'a intelligemment fait remarquer mon amie Céline).
Maintenant venons en au grand art. Jean Douchet a dit que pour apprendre à faire des films il faut regarder ceux de kenji Mizoguchi (même si on y arrivera pas ( il a ajouté) hé hé), j'approuve! Godard dit depuis quelques années que plus personne ne fait du cinéma, qu'on continue à faire des films mais pas du cinéma et lorsqu'on voit les classiques on s'en rend bien compte: désormais on ne fait, généralement, que raconter des histoires, filmer un scénario le plus efficacement possible - Les réalisateurs n'utilisent plus la construction des plans, les travellings... pour raconter autre chose que ce que les dialogues explicitent, bref on voit très rarement des films dont l'image complètent ou complexifie le texte. Bien entendu c'est le cas avec Mizoguchi et son (par exemple) magnifique plan séquence travelling latéral du début, ses oppositions entre la lumière et l'obscurité, ses rares gros plans...

Il filme de l'extérieur comme s'il s'agissait d'une réalité préexistante qu'il laisse vivre devant la caméra, nous mettant dans la posture d'un témoin capable d'esprit critique.
Voici un film beau esthétiquement, puissant dans ses thèses, gracieux naturellement, un chef d'oeuvre en état de grâce!
Le cycle vient de commencer, je vous encourage à venir!


Last night was the beginning of a new cycle of the Jean Douchet Ciné-Club at the cinema du Panthéon, and this year we'll study Kenji Mizoguchi's filmography. It's an excellent thing because I don't know his work that well, and adore Japanese cinema.
The cycle begins with Sisters of the Gion
I don't know how I did to forget this film which is extraordinary, of perfect construction, with witty and scathing dialogues, and amazing actors.
As a spectator brilliantly remarked this film is balzacian ( Honoré de Balzac) in the sense that it explores the relationships and intrications between money and feelings. Of course the Japan of the first part of the twentieth century was very interested in the nineteenth century western literature, the influence of Dostoevsky is also very palpable.
Our two characters, are two women, two sisters, two geishas, but they have very different philosophies about their job and condition. One is loyal, submissive to the tradition and men's expectations, she only wears kimonos, the other one, the youngest manipulates to obtain what she needs to escape poverty ( after all a geisha lives from her clients 'money, and if they believe she can fall in love with them, they're stupid and didn't understand the rules of the game), she's modern, educated and wears alternatively kimonos and western clothes.

This film could be reduced to an essay about the feminine condition in the thirties Japan, one sister would be the thesis and the other the antithesis, Society, men society would make the synthesis, because the voice of women had anyway no value. And that is brilliant.
This film isn't fatalist, it shows only the beginning of a struggle that Mizoguchi will pursue to express in his filmography. Jean Douchet insisted on the fact that this film by the strength and the violence of its thesis was noticed, even internationally when it was released in 1936.

The dialogues are pure joy, and they are lifted by actors at the top of their art. During the scene where the younger sister manipulates the boss of the shop assistant (to whom she promised love for a kimono), she became my hero, driving him with cleverness and wit, from enemy to protector! Bravo
The timing is perfect, impossible to get bored during this film, nothing is added, and once the thing ( you can never guess what it will be) is said, the scene is over, and another begins with no fading, no softening Mizoguchi edits with a graceful whip.
Jean Douchet said that to learn how to make films one just have to watch and his lessons from Mizoguchi's master-pieces ( but one will never succeed niark niark, Douchet is very witty and playful), and I approve.
Jean Luc Godard has been saying for a few years now that cinema is dead that people keep making films but they don't make cinema anymore. And seeing classics this statement becomes obvious, now people mainly shoot the script, and the way it is filmed doesn't add anything to what is said by the actors. That is so not the case with Mizoguchi, you have no idea how graceful this film is, it begins with a sequence-shot in lateral travelling, and the camera at the height of people keep following them without intruding as if it was only a witness ( with critical sense, Mizoguchi doesn't insult our intelligence) and life take place in front of him/her. This is a film aesthetically beautiful, powerful, naturally graceful, a master piece in a state of grace.
The cycle only began and I can't wait to see more!

4 comments:

Zazie said...

La prochaine fois je viens avec toi! J'adore le cinéma de Mizoguchi...

Valérie said...

Mais oui vient ce sera le 18 octobre pour l'élégie de Naniwa :D

Zazie said...

Ok, c'est parti! Comme ça on va se connaitre...

Valérie said...

:)

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