Friday, 6 November 2009

Alain Resnais et Les Herbes Folles


The English version follows
Alain Resnais ne raconte jamais une histoire ou une intrigue, il place sa camera dans un univers et explore les relations entre les personnages, leurs désirs, leurs peurs et l’espace qui les sépare. Issue du nouveau roman et du surréalisme, pour moi Alain Resnais, même s’il en est contemporain ne se situe pas dans La nouvelle vague mais plutôt déjà dans la métafiction de la nouvelle vague.
J’ai attendu longtemps de voir L’année dernière à Marienbad, je désirais une salle sombre et un grand écran histoire de ne pas m’enfuir vers une cuisine ou des toilettes au simple écho de la peur de l’ennui. C’est au Champo que j’ai franchi le pas et j’ai découvert que toutes les critiques que j’avais lu jusque là et le scandale que provoqua la remise de sa palme à Cannes, que nulle part on ne mentionnait l’humour ravageur de ce film ! Bien sûre j’ai été merveilleusement bercée par la voix de Delphine Seyrig, et si je n’avais pas déjà été une inconditionnelle de Chanel je serais devenue une ! Vous ai-je déjà dit que lorsque j’ai acheté mon premier tailleur pour chercher mon premier travail, que j’avais opté pour une jupe pliée (et non plissée) qui bouge comme celle de Fabienne tabard (Delphine Seyrig et Chanel aussi) dans Baisers Volés. Je suis imprégnée de cinéma jusqu’aux orteils.
Lorsqu’On Connaît La Chanson est sorti au cinéma, je l’ai vu 3 fois dans la même semaine, et 4 fois en tout au cinéma (j’ai cessé de compter après la sortie vidéo) je vécu ce film comme un drâme contemporain ou un documentaire plutôt que comme une comédie. Alors que tous riaient aux éclats, j’étais, moi, profondément touchée par l’errance et la détresse des personnages qui faisait écho à la mienne.
Alain Resnais dit faire ses films les uns contre les autres, mais combien d’effets de miroir : les années 20/30 dans la décoration du pavillon de banlieue de George Palet, dans Mélo, et Pas sur la Bouche ; la Bretagne et la mer dans Mon Oncle d’Amérique et les Herbes Folles, l’immobilier des intérieurs si scrutés par la caméra et les personnages comme dans Cœurs, dans On connaît la chanson. Que la maison de George Palet est belle ! Ce jardin d’hivers ! Et toujours le thème des rencontres, des gens qui se croisent, s’effleurent, se ratent dans la valse de l’humanité. Et enfin les images flottantes : flocons de neiges dans l’Amour à Mort et Cœurs, méduses dans On Connait la Chanson, et herbes ici battues par les vents.
Les Herbes Folles est aussi assez fétichiste, l’histoire, ou le conte commence par les jambes. Marguerite a des pieds spéciaux (on ne sait pas en quoi) alors il lui faut des chaussures Marc Jacob. Lorsqu’elle sort du magasin place du palais royal elle se fait voler son sac à main longchamps par un voleur à la tire monté sur rollers. Là la scène est magnifique, et j’ai déjà cessé de penser, le narrateur explique sur l’image de Marguerite abasourdi et dont on ne voit pas encore le visage que c’est dans les moments de plus grande détresse que l’on est incapable de crier « Au Secours, au voleur, à l’assassin ! ». Et tout le film semble se poursuivre sur cette note de la difficulté à communiquer. Ici incapacité de dialogues brillants les personnages ont beaucoup de mal à exprimer leurs pensées, ils voudraient dire des choses importantes mais rien ne se dit et toujours les mots restent en suspens, comme un suspense de l’identité réelle de nos personnages. George va faire changer la pile de sa montre,(le spectateur de série à une petite réminiscence de ce cher Sylar lorsque la montre de George ralentit et meure).
Lui au lieu de parcourir les allées du palais royal parcourt celles du centre commercial de l’hay aux roses, et les gardiens le regardent suspicieux. Il descend au parking, alors qu’il est près de sa voiture deux pétasses clinquantes et vulgaires passent devant lui, et l’idée lui vient qu’il devrait les tuer , apparemment il a déjà fait ça et ça lui a servi de leçon… Il voit par terre un portefeuille maculé, le ramasse et commence à fantasmer sur sa propriétaire : Marguerite Muir (tout le monde à pensé à la belle Madame Muir amoureuse de son fantôme de marin !) George va rendre son portefeuille à mademoiselle Muir par l’intermédiaire de la police, mais désirant plus qu’un petit merci, il veut la connaître et lui écrit et lui téléphone chaque jour.
Ce qui est passionnant, toujours c’est qu’on ne sait jamais comment situer les personnages qui sont flottants et ne se laissent pas profiler. Après avoir entendu le discours intérieur de George on l’imagine vivant seul et reclus, alors qu’il est marié, père et grand-père.
Le film se finit en looping surréaliste, et j’ai entendu beaucoup de spectateurs râler dans la salle, parce qu’ils cherchaient à comprendre, et que bien sûre le surréalisme aime se dédouaner de la compréhension, mais cette fin magique avec une petite fille qui répète « maman quand je serais un chat est-ce que je pourrais manger des croquettes ? » m’a fascinée au-delà du possible, et si j’écris à présent cet article à chaud, il y a des restes d’herbes folles qui bouillonnent dans mon inconscient prêtent à prendre de l’altitude dans un spitfire. Spitfire : crache feu… Il y a cette séquence éclair où George saoul libère Josepha (Emmanuelle Devos) de sa ceinture de sécurité, séquence tout à coup très sexuelle et sexuée, sortie, de nulle part qui frappe l’inconscient par sa sensualité immédiate et torride, comme si George, un instant avait acquis le charisme de Mitchum dans la Nuit du Chasseur. Comme le Resnais que je préfère : Muriel ou le Temps d’un Retour, les Herbes Folles est fait d’humains mystérieux, aux douleurs et aux accords qui se tissent ensemble pour créer une fiction probante bien qu’improbable, riche en milliards d’idées qui comme des graines vont pousser dans nos têtes comme des herbes folles. Resnais rend avec amour hommage au cinéma et le cinéma rend hommage à l’amour de Resnais.

Alain Resnais and the Wild Grass
Alain Resnais never tells a story or an intrigue, he places his camera in a universe and explores the relationship between the characters, their desires and the space and time that separate them. Inspired by the nouveau roman and the surrealism, though he’s a contemporaneous of the nouvelle vague, he’s already beyond it, already creating in the sixties a modern cinema with modern storytelling closer to Antonioni than Truffaut and Godard.
I waited a long time before seeing Last Year in Marienbad. I desired a dark room and a big screen to be trapped and have no bathroom or kitchen excuses in case it could be even slightly boring. When I watched it, I discovered that if I had heard a lot about the aesthetics and acting, and of course the scandal it created in Cannes, no one had ever said anything about how funny and full of insider jokes this film was! Of course I was also charmed by the sublime voice of Delphine Seyrig, and if I had not already been a fan of Coco Chanel’s clothes, well, I would have changed my mind. (When I bought my first suit for my first interview I wanted my skirt to move the same way that Fabienne tabard’s did in Stolen kisses ( also the magic pair of Seyrig and Chanel)). I love cinema from head to toes!
When Same Old Song was released I saw it three times in the same week, altogether four times in cinemas and an infinite number of times in video! I lived this film like a contemporary drama or a documentary, not like the nice comedy everyone saw except me! While people were laughing, I was profoundly touched by the distress of the characters which echoed mine.
Alain Resnais says that he makes his films against one another, but there are actually so much mirror effects in them: art nouveau style in the decoration of George Palet’s house, in Mélo, and Not on the Lips; Brittany and ocean in Mon Oncle d’Amérique and Wild Grass. Real estate is in Private fears in public places and Same Old Song. George Palet’s house is so beautiful it looks like Mélo’s one! I love the living room/winter garden (it’s almost what I wanted to see in my dream). There’s always the theme of people bumping in one another, missing each other in the waltz of humanity! Last but not least : the floating images, the snow flakes in Love Unto Death and Private fears in public places, the jelly fishes in Same Old Song and finally the wild grass in Wild Grass, the floating images after years of presence became the title and the subterranean became at last visible!
Wild Grass is slightly fetishist: this story or tale starts by following legs and feet. Marguerite has special feet (we don’t know what’s special about them) so she needs Marc Jacobs shoes. When she leaves the shop someone on rollers stole her longchamps handbag. Here the scene is splendid, the narrator explains, while we still can’t see marguerite’s face that in these moments of big distress when one should do something, in the biggest anguishes, instead of shouting “Thief , thief , help” one stay silent, unable to call for help, the fear being too big. And all the film seems to start from there: the incapacity of producing a speech to be saved! Our characters who seem to need one another have the greatest difficulties to express their needs, they start sentences, say that they have very important things to say but then it doesn’t gets out of their mouth, it’s not even thought clearly, but it’s there!
George needs to change the battery of his watch, he watches the needles slow down till death ( for the TV shows’ geeks it can be reminiscent of our dear Sylar).
Instead of being in Palais Royal like Marguerite, George is in a mall, where guardians have a close eye on him. He goes to the parking where two tacky bimbos excite him so much he wants to kill them, but he calms himself and think that it already happened and that he paid for that. Is George a serial killer or is it just a dark fantasy? … On the floor of the parking he spots a wallet and start to fantasise on his owner miss Marguerite Muir ( of course any film buff think of the beautiful Adventure of Mrs Muir). George go to the police , they inform Marguerite that they have her belongings, she calls George to say thank you but George who already fell in love with her wants so much more though he doesn’t know exactly what he wants! He starts to regularly write letters to Marguerite and to leave messages on her answering machine: basically he stalks her…
What is fascinating in Wild Grass is that it is impossible to know exactly who the characters are and what they want, they’re as fluctuating as real human beings. After George’s first presentation, it is easy to picture him alone and reclusive, when he’s actually married, father and even grand-father!
This film ends up in a surrealist looping, and in the cinema I heard a lot of spectators complaining, I despise them! They tried to understand, and of course surrealism and poetry love to free themselves from pragmatic understanding. But this magic end with a little girl who repeats “Mum, when I’ll be a cat, would I be allowed to eat cat food?” This is just the best sentence ever! I am writing this chronicle only a few hours after seeing this film and I can say that there are rests of wild grasses fusionning in my brain, and they’re ready to fly very high in a spitfire plane!
Spit Fire
My memory is burnt by this very short sequence where George frees Josepha from her seatbelt, and this scene gets very sexy and sexual, it came from nowhere but right away stroke us with the hotness and dangerousness that Robert Mitchum had in the Night of the hunter. Like my favourite Resnais’ Muriel ou le temps d’un retour, Wild Grass is made of mysterious human beings, with pains and connections woven together to create a fiction flirtatious, beautiful and rich in thousands of ideas that will get stuck in our unconscious like seeds to grow one day as wild grasses. With love Resnais pay tribute to the cinema and the cinema pays a tribute to Resnais’ love.

Monday, 2 November 2009

Marlene Dietrich campest queen of drama queens and Femme Fatale



La version française suit
Dishonored 1931 by Josef Von Sternberg
Third of the seven films that Marlene Dietrich and Josef Von Sternberg shot together, Dishonored is an amazing curiosity for 2009 eyes and ears. In 1931 cinema with sound was only 2 years old and the treatment is thus quite unexpected. It leaves us to imagine that another way to tell stories (another cinematographic grammar) could have been created.
Dishonored tells the story of Marie (Marlene Dietrich), widow of a young captain, she fell into misery and prostitution. She’s hired as a spy to act “where men failed” during the war between the Austro-Hungarian Empire and Russia.
The plastic beauty of this film does not give away anything from its emotional power. If in it Dietrich carries on working on her stardom persona: femme fatale ready to follow proudly her destiny till death (like a true tragic character),she is already bewitching. The cat that she carries with her all along the story seems to be her lazy double. He’s the detail that gives her away , “the only being [she] ha[s] the right to love” .
Dietrich’s body only moves like a block, her hands always on her waist like an old time beer fest waitress, and her eyes go laterally like those of an automat or of a soul trapped in an automat, by contrast the beauty of her face , her mystery makes us oblivious of the stiffness of her body language.

It’s interesting to note that she has a tendency to seduce and place herself in space, in the highest possible places: a balcony when she meets Kranau and she throws glitter to his face,;the top of giant Russian furniture when she seduces the general, playing hide and seek and impersonating a cat. To him she throws beer! It’s a very static and unconventional ( for 2009) posture of seduction but would be interesting to analyse as social behaviour !

In this opus surrounding sounds are mainly inexistent or at least reduced to the minimum (which is normal for a 1931 film)between two dialogues the silence takes all the space. That’s where music and pianos become so important. X27(Marie’s code name) plays the piano each time that she can. Music is always in the action, in the story and rarely off, as if Von Sternberg had refused the musical score to stress on the emotion (like it does in lots of Hollywood classics and also in the silent era films!)
The method gives a feeling of purity to the direction. When Marie plays the piano, it’s as if she is finally letting out the emotions she had to hide while being a spy. The emotion does not show simultaneously with the action, this film takes moments of introspection, which is absolutely rare and extraordinary! The music only join the course of events when the information is hidden in a partition she wrote, Kranau who plays it says that this music probably means the death of lots of men!
After the information is delivered the film leaves behind the intimacy of the love/duty relation to showDeath and Destruction . X27 in her leather raincoat witnesses the waltz of arrested officers when she spots the man she conned. Under the pretence of interrogating him she let him escape and for that is condemned to death.
Here the incredible symmetry of this opus’ construction, gives it its tragic touch. X27 ask to wear the same clothes that shewore when she worked for her country. They give her the suit she had on the day she had her first assignment when a young officer showed her the way (and already in love) murmured that he would follow her till death. This man is actually the one who will lead her to execution. She uses his sword to fix her hat, and when ready to die, sexy as hell, he stops the drums and cries that he doesn’t want to kill a woman or a man, that war is butchery. Marie fixes her lipstick and her stockings, he’s replaced and she dies!

Dishonored is not the first Von Sternberg I’ve seen, and the Blue Angel, Shangai Express or Blond Venus, are beautiful films, with a very classic narrative constructions, while Dishonored is so pure and strange. The screen fades are the longest I’ve ever seen, letting two actions visually overlapping. it’s as if he was experimenting with storytelling, this film is utterly original. And I’d love to know what lead to this strange construction!


Version française
Agent X27 de Josef Von Sternberg
Troisième des sept films que tournèrent ensemble Marlene Dietrich et Josef Von Sternberg, Agent X27 raconte l’histoire de Marie, veuve d’un capitaine, elle est tombée dans la misère et se prostitue. Elle est engagée par le chef des services secret comme espionne pour « agir là où les hommes échouent » ( la séduction).
La beauté plastique de ce film ne retire rien à l’émotion qu’il véhicule. Si Dietrich est encore dans la création de son personnage de femme fatale, prête à aller avec fierté jusqu’au bout de sa destinée , elle est déjà absolument ensorcelante. Le chat qu’elle promène tout au long de l’histoire semble être son double paresseux. Il est le détail qui la trahit « le seul être qu’ [elle] a le droit d’aimer » !
Le corps de Dietrich (et ça n’est pas spécifique à ce film, je me souviens que ça m’avait frappé lorsque j’ai vu la vidéo de son concert à Londres en 1972), bouge toujours d’un bloc, elle porte ses mains sur ses hanches comme une serveuse de brasserie Kanterbrau et ses yeux se meuvent souvent de façon latéral, comme si son âme avait été emprisonnée dans un corps d’automate. En revanche la beauté de son visage et le mystère qu’elle porte, font oublier la raideur de ce corps.

Il est intéressant de noter comment X27(c’est presque un nom de robot) occupe l’espace, elle a tendance à toujours se placer en hauteur. Elle est sur un balcon lorsqu’elle rencontre Kranau, lui est en bas et pour attirer son attention, elle lui lance des paillettes sur le visage. Elle est aussi en hauteur lorsqu’elle séduit le général, ils jouent à cache-cache et imitant un chat elle monte sur une armoire, puis au lieu de lui jeter des confettis comme à Kranau, fait couler sa bière sur son visage. Il serait passionnant d’étudier l’étrange façon dont la séduction s’opère dans ce film, ce serait presque une étude sociologique sur les rapports entre hommes et femmes dans l’Allemagne des années 30 (le film est tourné en Amérique mais le scénariste, réalisateur et certains acteurs sont germaniques)

Dans cet opus les bruits d’ambiance sont réduits au minimum. Entre deux dialogues, il y a un silence feutré de salle d’attente. La musique est pratiquement toujours interne à l’histoire, pas de grande symphonie comme dans le muet ou les films classique Hollywoodien, pour souligner les émotions. Les émotions ont leur propre temps qui est celui où X27 joue du piano. Bien que le jeu de Marlène (très jeune encore) soit très exagéré, j’aime beaucoup cette pureté de la mise en scène, qui veut justifier tous les procédés. Le piano permet à x27 de laisser échapper ses sentiments qui dans l’action était emprisonnés. L’effet est à vrai dire assez étrange, mais nullement ridicule, il est justement très étonnant !

Le seul moment où la musique réellement rejoint le cours des événements et n’est plus réservée à la libération des émotions, c’est lorsque X27 cache ses informations dans une partition. Kranau joue la musique, il dit que ces notes étranges « portent probablement en elles mort de beaucoup d’hommes ! » Cette composition ressemble à de la musique moderne, et probablement à l’image de la guerre , elle se dédouane de l’harmonie !

Une fois les informations délivrées ce qu’avait prédit Kranau se révèle vrai, et le film s’éloigne définitivement du luxe et des intérieurs cosy pour montrer dans un montage à la hache toute l’horreur des guerres ! Voilà X27 dans son imperméable de cuir qui regarde défiler les officiers russes humiliés, et parmi eux, l’homme qu’elle aime (Kranau). Sous prétexte de le faire parler, elle lui donne l’occasion de s’évader et pour cela, elle sera condamnée à mort !

Et là, la magnifique symétrie du film le rapproche de la tragédie classique. Alors qu’on lui demande ses dernières volontés, Marie veut bien entendu un piano, et les vêtements qu’elle portait lorsqu’elle travaillait au service de son pays. C’est habillée comme le jour où on lui a donné sa première mission qu’elle se présentera devant le peloton d’exécution, et c’est le jeune officier qui tout émue de sa beauté, en ce premier jour, lui avait promis qu’il la suivrait jusqu’ à la mort, qui doit l’amener à sa condamnation. Elle vérifie que son chapeau est bien mis en se regardant dans son sabre. Puis lorsque le tambour s’emporte n’en pouvant plus il l’arrête de ses deux mains en hurlant qu’il ne veut pas tuer une femme, ni un homme et qu’il y a déjà eu trop de mort ! Pendant ce temps Marie s’est mis du rouge à lèvre a remonté ses bas, le jeune officier est remplacé et elle meurt !
Cette fin est sublime, elle montre autant la fatigue des hommes face à la guerre que le pouvoir de la femme fatale, digne, féminine et sublime jusqu’au dernier instant ! Ce film est à la fois étrange et passionnant, il a les plus longs fondus enchaînés que j’ai vu, et bien que j’ai visualisés d’autres films de Von Sternberg antérieur ou postérieurs aucun n’avait une si grande part de recherche formelle et narrative. La construction de cette histoire est extrêmement originale et j’aimerais connaître les idées qui menèrent à ce résultat.


Friday, 30 October 2009

Adventureland


La Version française suit la version anglaise!

Adventureland by Greg Mottola starts by a party in which James (Jesse Eisenberg, The Squid and the Whale) is dumped by his recent girlfriend. He let her know that he is a virgin.

The day after in a restaurant for the celebration of his college graduation, he learns by his parents that they won’t be able to pay for his European summer break, and that even joining Columbia’s grad school is in jeopardy. Basically they ask him to get a job!

Shocked by the news, he starts looking for employment. The only place who hires him is the local amusement park: ADVENTURELAND

Em (Kristen Stewart, Twilight) lost her mother only two years ago, which was almost immediately replaced by a bold cruel stepmother! Em sleeps with Mike Connell (Ryan Reynolds). He’s adventureland tech guy, but he’s considered like a star because he played guitar with Lou Reed on “shatellite of love”, he’s also married!

James fall in love with Em but her emotional situation is more complicated than he knows!

The action takes place in 1987’s summer, and Adventureland could be the follow up of Judd Apatow’s masterpiece TV show Freaks and Geeks.

Out of the classical childhood cocoon, and thrown in the emotional violence of the world like baby birds fallen from the nest, our heroes will clumsily help one another, creating their own life codes, own life style and own soundtrack (Lou Reed, Yo la tengo, The Replacements…) as it used to be in John Hughes’ universe. They’ll try to survive until the next ordeal.

with intelligent and subtle dialogues, this film is superb, extremely moving, funny, sweet and lightly bitter.



Version française

Adventureland commence par une fête dans laquelle James (Jesse Eisenberg, Les Berkman se séparent) se fait plaquer. Il a dit à sa copine qu’il était puceau.

Le lendemain au restaurant pour la célébration de son diplôme, il apprend que ses parents ne pourront pas lui financer son été en Europe et que même la suite de ses études à Columbia est compromise. Il va devoir se trouver un job d’été.

Choqué par ce changement brutal dans la manière dont il envisageait sa vie, James se résout à chercher un travail. Après des démarches infructueuses il est engagé dans le parc d’attraction local : ADVENTURELAND

Em (Kristen Stewart Twilight) a perdu sa mère à peine deux ans plus tôt. Son père a épousé une femme chauve, sorte de marâtre contemporaine. Em couche avec Mike Connell (Ryan Reynolds). Mike est le technicien du parc, il est l’idole des mecs car il dit avoir accompagné Lou Reed à la guitare sur « Shatellite of Love », Mike est marié !

James tombe amoureux d’Em, mais il ignore à quel point sa situation émotionnelle est complexe.

L’action se passe en 1987 et Adventureland pourrait être la suite du chef d’œuvre de série de Judd Apatow Freaks and Geeks.

Sorties du cocon de l’enfance et jeté dans la violence émotionnelle su monde, comme des oisillons tombés du nid, nos héros vont se serrer les coudes et créer leur propres codes de vie, avec leur propre bande son (Lou Reed, Yo la tengo, The replacements, New York dolls etc) comme dans les films de John Hughes que nous adorions dans les années 80 ! Ils vont essayer de survivre jusqu’à la prochaine épreuve.

Ce film émaillé de dialogues brillants et subtils, est superbe, extrêmement émouvant, drôle, doux et légèrement amer.






Thursday, 29 October 2009

Films Obscurs et Orient Express


Deux films indépendants américains relegués directement à une sortie en DVD en moins de six mois ( Southland Tales et Adventureland( prochain article)) , pourquoi? Y aurait-il contrairement à ce que pense la majorité des français une imperméabilité à la culture populaire américaine?


En France on a coutume de croire que la culture anglosaxone est trés incrustée dans notre société. Un sejour de l'autre côté de la manche ou de l'étang Atlantique suffit à prouver que cet à priori est assez faux! Nos goûts cinématographiques ont peu à voir avec ceux des anglosaxons! Demandez à n'importe quel Anglais quels sont ces films cultes, et vous entendrez par exemple :The shawshank Redemption (aka les évadés), Zoolander, Withnail and I... avez-vous vu ces films? peut être! mais ils n'ont pas le statut de chef d'oeuvre en France et ne constituent certainement pas des cultes! Cela signifie que le spéctateur lambda devant tel ou tel film qui fait reference à telle ou telle oeuvre se sent largué. par exemple Funny People dont je parlais dans mon précédent article est beaucoup plus drôle lorsqu'on sait d'où vient Merman!


Les comédies americaines, celles d'Apatow par exemple sont aussi relativement intraduisibles et le doublage les assassine. Il faudrait envisager pour les allergiques aux sous titres des réintreprations plutôt que des traductions, je pense au travail d'adaptation qu'avaient fait Alain Chabat et Dominique Farrudgia sur Wayne's World!
Est-ce grave? Non bien entendu, c'est juste frustrant d'aimer des films atrocement drôles et de ne pas pouvoir partager cet amour avec des gens qui ne sont pas bilingues!

Mais d'un autre côté pour avoir vécu longtemps à Londres, à Paris le choix en films est au moins 5 fois plus important et le cinéma du monde entier est représenté ici! Si Londres est un paradis pour amoureux de la musique, Paris est l'indétronable paradis des cinéphiles!
Le problème de l'echec de certain film est à mon avis un échec en communication. Quelle image projette sur le spectateur lambda le fait qu'un film sorte directement en DVD? Que ce film est irregardable !
A la création de la carte UGC illimité en 1999 , j'ai saisi cette opportunité pour voir des films aux sorties obscures. Je me suis alors rendue compte que de très bon films ou du moins des films très intéressants étaient passé à l’as, par manque de promotion, ou manque de croyance dans le produit. Bref certains films au potentiel culte n'ont pas atteint leur public à cause d' une mauvaise campagne de pub,( comme par exemple celle de Watchmen qui donnait l'impression d'une pochade parodique) ou d'une absence de stars et de couverture médiatique comme le fascinant Push. Certes parfois les journalistes, et la presse essayent de sortir de l'oubli ces bons films qui faute de promos passent une à deux semaines dans un cinéma obscure, mais la presse ne pèse hélas pas pour grand chose dans la promo d'un film !

Beaucoup de gens dans mon entourage affirment ne pas choisir les films qu'ils vont voir en fonction des critiques. Personnellement, je vois si la critique est globalement bonne et ne la lit réellement qu'aprés visionnement du film. J'ai parfois remarqué que les films "obscurs" n'étaient pas vu par les critiques qui tentaient de deviner l'intrigue à partir de la bande annonce Oops!
Je peux vous faire une petite liste pour le plaisir : des comédies Les Frères Sœur ; les Acteurs Anonymes, Banqueroute, A la belle étoile, des films américains : les larmes du crocodile,Happy texas, les Aiguilleurs, The Darwin Awards etc… Comment j’estime qu’un film est relégué aux oubliettes de la célébrité ? il est projeté directement dès sa première semaine à l’Orient Express ou bien ne sort qu’au Saint Michel ( qui est maintenant apparement passé au numérique (image pénible à regarder selon mes standards)).
Cinéma souterrain d’UGC dans lequel on entend passer les RER , l'Orient Express est l'interzone des salles de cinéma, le puragtoire des films, parfois leur seul espoir !
C’est aussi à l’Orient Express que passent les films de danse et les mangas trop violent. Le public est souvent fait de minorités: les Otakus pour Twentieth Century Boys, les caillera pour Sexy Dance.

Je me souviens que quand j’ai vu Happy Texas j’étais la seule fille dans la salle !
Bref c’est là bas que j’ai vu la semaine dernière Funny People, et c’est sur ma télé microscopique que j’ai vu Adventureland, puisqu’on ne lui a même pas donné la chance d’atteindre un grand écran et Adventureland sera le sujet de mon prochain article!






Sunday, 25 October 2009

Funny People by Judd Apatow


English version of this article follows the French one!
Voici l’histoire d’un humoriste star George Simmons ( Adam Sandler) dépressif.
Tout le monde le reconnaît partout pour les stupides, mais hilarants, films dans lesquels il a joué. Mais bientôt s’installe une dichotomie entre son personnage public et la manière dont il ressent la vie. Ce film s’intéresse au thème classique et tragicomique des larmes du clown. George est malade, il est atteint d’une maladie rare proche de la leucémie, et ses chances de survie sont seulement de 8%.
Une nuit au comédie club, ses blagues morbides laissent les spectateurs froid, et lorsque qu’Ira apprenti comique ( qui travail pour un traiteur dans un supermarché et partage un appart’ avec deux autres jeunes comiques) doit passer derrière lui, la seul façon qu’il trouve pour faire rire le public est de se moquer de la star dépressive qui a tout ce qu’il n’a pas mais semble toujours désirer mourir ! George décide alors de l’engager.

Ce que j’aime avec Judd Apatow, c’est qu’il recréer à lui tout seul le genre de la comédie, en le ramenant à la réalité de la vie. La spécificité de ses films, est d’éviter contes de fées et deus ex machina. C'est-à-dire que l’essence de ses comédies passe justement par les moments qu’évitent les autres films, ceux où tout devient compliqué et où il faut lutter et se débrouiller.
Dans ce film, il y a une des scènes de comédie les plus extraordinaire que j’ai vu:
Dans son cabinet le médecin annonce à George, que son corps se bat contre le traitement. La nouvelle est tellement mauvaise que George commence à se moquer de l’accent du docteur suédois, en disant qu’avec un accent pareil aucune nouvelle ne pourrait être bonne, Ira embraye dans un combat de vanne qui avait commencé sur le sentiment tragique de la mort et fini par nous sauver de la tragédie imminente en nous amenant vers la pure comédie.
Cette scène est tellement extraordinairement écrite qu’il est impossible d’y rester indifférent!
Puis l’histoire tourne mal, et George est miraculeusement guéri ce qui signifie qu’il va devoir se débrouiller avec sa vie : il décide de reséduire l’amour de sa vie qui depuis 8 est mariée avec deux enfants…
Avec sensibilité Apatow montre les dysfonctionnements qui mènent à devenir humoriste. George en donne un bon résumé en expliquant à Ira que sa génération ne sera jamais aussi drôle que la sienne, car si lui a eu besoin de l’humour pour surmonter le divorce de ses parents, la génération de George a du apprendre à faire rire pour éviter les coups de batte de baseball, et il ajoute que le but de sa vie est de faire rire son père et qu’il en est encore loin !
Ce film rentre donc dans la lignée des Lenny de Bob Fosse et King of Comedy de Scorcese, interrogeant le lien profond entre l’humour et la survie mentale.
Ce film est bouleversant et profondément drôle, on en ressort réarmé pour la vie. Mais au-delà de l’écriture merveilleuse de Judd Apatow cette oeuvre est aussi profondément ancré dans les cultures indépendantes américaines : la musique californienne, la comédie américaine contemporaine et la culture contemporaine du web. Cette forme d’humour n’est pas forcément compréhensible pour les cultures qui n’en ont pas les clefs, comme la notre. Je crois que c’est pour ça que le film ne fait pas le succès qu’il mériterait au box office français.
Voici donc quelques clefs
La musique californienne des années 60/70 : Jason Shwartzmann est comparé à un jeune Jackson Browne ( Jacskon Browne a écrit des tubes pour les Eagles, Nico, il a été l’amant de Joni Mitchell et vit une carrière solo) . Durant la conférence Myspace, James Taylor chante et Ira lui demande s’il n’en a pas marre de chanter toujours les mêmes chansons. Comme Jackson Browne , Taylor fait partie des premiers auteur/compositeurs/chanteurs de la musique californienne, et ils étaient tous les deux sous le même Label Asylum. La plupart des films de Appatow se passent à Los Angeles mais en marge relative du monde du cinéma. Il est en effet intéressant de noter qu’en dehors du ciné, Hollywood a eu du mal a trouver sa crédibilité dans la musique et l’humour (dont New York a généralement le monopole) ! Je rappelle que Jason Shwartzmann est aussi musicien et producteur sous Coconut Records si vous ne connaissez pas plongez vous dedans c’est magnifique !
Les tee-shirts des personnages apportent un niveau différent d’interprétation tant ils semblent porter leur histoire propre. J’ai particulièrement aimé celui porté par Adam Sandler : Roscoe’s chicken. C’est une référence directe à cette comédie pratiquement inconnue en France, mais génialissime qu’est Tapeheads, d’ailleurs j’avais déjà fait un article dessus, et la vidéo de Roscoe y est donc vous verrez pourquoi j’ai adoré cette référence.
George Simmons a joué dans un film nommé Merman, c’est aussi une référence directe à une de mes comédies préférée Zoolander, où Ben Stiller est mannequin et a joué dans une pub où il était une sirène (mermaid) et quand les gens se fichent de lui il dit “not mermaid, merman! », je trouve que c’est brillantissime d’avoir développer cette idée jusqu’à imaginer en faire un film complet !
La conférence Myspace et les blagues sur les réseaux est aussi un must très ancrés dans notre époque ( bien que Myspace soit en grande ringardisation à lors actuelle!) la présence du vrai Tom de Myspace est splendide : le type existe en vrai !
Ayant dit tout cela, je me dois d’ajouter que le niveau du jeu d’acteur est incroyable, Adam Sandler a probablement décroché là le rôle de sa carrière !Seth Rogen est touchant et drôle, jason Shwartzmann étant depuis Rushmore mon chouchou ne me déçoit certainement pas, et les batailles de vannes avec Jonah hill volent haut dans le diagramme de l’humour… De splendides caméos, notamment celle d’Eminem…
Ce film est bouleversant, il nous tourneboule des larmes au rire, aborde des sujets très grave et sais rester léger et puissant : a ne surtout pas rater !

English Version
This is the story of George Simmons (Adam Sandler) a star comedian.
Every one recognises him everywhere for the stupid funny film he has performed in. But soon there’s a dichotomy between his public character and how he feels about life. This is the classic tragicomic theme of the tears of the clown. George’s got this rare disease close to leukaemia, his treatment gives him only 8% chances to survive.
One night in a comedy club he stuns the audience with depressive humour, that doesn’t get a laugh. Having to stand up after him Ira ( Seth Rogen) who works in a deli at the mall, and shares a flat with two other struggling comedians, mocks his depression! George decides to employ him.
So George might be dying, but he still have to work on his jokes, and making himself laugh even in the worst situation and that why he hired a young comedian, to help him find jokes in the worst situation of his life!
What I love about Apatow ‘s touch is that he’s taking the comedy outside of the clichés where it has been stuck from years. He brings back normal fucked up human beings and he doesn’t try to turn their story into a fairy tale. By this, I mean that he doesn’t skip the hard work to get to the result. In Judd Appatow’s film, that’s the hard work of life, which is tough, which makes the spice of the comedy and help us to relate by its none-stereotyped realism to the plot and the characters.
There’s in this film one of the most extraordinary comedy scene that I’ve ever seen.
When the Swedish doctor explains to George, that he’s getting sicker because his body is fighting against the medicine which are fighting against the disease, George starts to mock the doctor’s accent. He’s saying that whatever he would say would sound horrible with his James Bond’s villain accent. Then Ira helps him getting more jokes, and while this started quite badly soon it’s getting extraordinary funny, the spectator as much as the characters seem to find a way to escape the scary news by laughing at it in all possible ways!
This scene is so amazingly written that you cannot not be in awe with the man who wrote it. Then shit happens and Georges get unexpectedly better and tries to conquer back the “girl who got away” who is married with two children!
Apatow’s with sensitivity shows the rope and the core of comedians. According to George, his generation will always be funnier because Ira’s wants to make people laugh to forget about their parent’s divorce, while George’s had to be fast and efficient to save themselves from the baseball bat. This film shows like other masterpieces on comedians like Bob Fosse’s Lenny or Scorcese‘s King of comedy, how humour is profoundly linked to trauma.

Besides the cleverness, and sensitivity of the plot what I love about Appatow’s films, is what they carry of references to subcultures, and how specifically it’s nested in Californian, independent and contemporary culture.
Right now I am reading Barney Hoskyns ‘Hotel California, and hearing somebody say that Jason shwartzman looks like young Jackson Browne or hearing Ira asking James Taylor if he doesn’t get tired to always sing the same song just seems like an extraordinary funny coincidence.
I love the whole tee shirt subtext (or intertextuality to play it intellectual), and especially I was amazed to see Adam Sandler with a Roscoe chicken tee shirt reference to Tapeheads ( see the what I am talking about just here)
I love the fact the George Simmons played in a film called Merman, because the Merman’s line is one of my favourite in Zoolander. Imagining that it could be a whole film is just brilliant.
The Myspace conference, with the presence of Tom (from myspace), the joke about Facebook, and the kitten videos on Youtube; anchor the film in the internet contemporary culture.
Having said all that I still need to say that the acting level is extremely high Adam Sandler is fantastic, Seth Rogen touching and funny, Jason Shwartzmann delicate and weird as usual, leslie Man excellent as in Knocked up ( we need to se more of her), Jonah Hill, Eric Bana, and numerous excellent cameos like the paranoid one of Eminem!
In short this film is a must see, it makes you cry and makes you laugh, it gives a cheer amount of fantastic energy!

Friday, 9 October 2009

Non Ma Fille tu n'iras pas danser de Christophe Honoré


Chiara Mastroianni est maintenant une figure habituelle du cinéma français, mais hélas souvent cantonnée aux seconds rôles. Ma motivation pour voir ce film était bien entendue de la voir dans un premier rôle.

Voici l’histoire de Léna, qui fraîchement divorcée, débarque avec ses enfants pour une réunion de famille en Bretagne. Sa situation et le contrôle qu’elle veut en avoir désobligent sa famille qui essaye de faire « son bien » !

Résumer le film est un peu une tache ardue tant il ne s’agit pas d’anecdotes mais d’un certain état de la famille, et de la crise continuelle que cette institution vit.

Famille je vous « haime », ce constant aller retour entre les désirs de Léna et ceux imposés par l’institution familiale sont passionnants, vrais, et rarement montré à l’écran. J’aime assez lorsque Simon (Louis Garrel) explique à Léna comment elle est perçue par son frère. C’est intéressant de se dire qu’en fait dans les familles chacun a une interprétation des faits, de l’histoire et des personnages, que chacun forge de son point de vue, une légende familiale. Cette façon très subtile dont les rôles sont distribué dans les familles, et un sujet qui vaut le coup d’être abordé. Chiara Mastroianni est une excellente actrice, vraie et émotionnelle !

Je ne met qu’un seul bé mol : l’écriture des dialogues est trop littéraire, ce qui il me semble frêne l’interprétation des acteurs. Ce genre de contraintes est intéressant au théâtre mais au cinéma on prend l’artificialité pour un manque de fluidité, de facilité et de talent. Mais à mesure que le film avance les dialogues deviennent plus naturels.

J’aime beaucoup l’entrée de la légende bretonne, et l’évocation des souvenirs d’enfance oubliés. Ce film tout en subtilité, montre à l’écran la difficulté à se situer dans la famille et dans la société, et la continuation de la recherche de soi après l’adolescence, ce qu’elle signifie de compliqué à vivre dans une société où l’on veut le plus vite possible nous associer à un rôle et une fonction. J’aime cette idée de la fluctuation constante des être humains dans un société qui tend à vouloir pétrifier. Je recommande chaudement ce film très touchant, et émouvant!

Le titre est me semble-t-il justifié par la légende bretonne racontant une jeune-fille qui en dansant entraine les jeunes gens dans la mort, jusqu'à ce que le diable lui-même l'invite à danser. Je trouve aussi très intéressant que dans cette œuvre, les comédiens ne soient pas maquillés, on a donc affaire à la réalité de leur peau et de leur grain, on se permet enfin au sens littéral d'être à fleur de peau!

Sunday, 4 October 2009

Hotel Woodstock / Taking Woodstock by Ang Lee



La version française se trouve à la suite de la version anglaise

Sons and daughters of babyboomers, for us May 1968 and Woodstock represent the momentums of the sixties revolutions. We all saw the the videos of Jimmy Hendrix massacring his guitar, and Janis Joplin getting concerned about the thousand of people listening to her in the mud. So the event is quite familiar in the mythology of the twentieth century, that makes the angle used by Ang Lee quite interesting. He adapted the event through the point of view of the organisers and locals.

Mostly, human beings are not in advance on their times, rarely they’re synched and most of the time they’re late. Films and fictions mostly focus of those exceptional beings who made History. But when chance and coincidences put ordinary people (does this really exists?) in extraordinary situations. That was the case of Elliot Tiber who for being a good son let his own expectations fly away to help his parents in their rotten motel in the middle of nowhere: Bethel, Woodstock! His mother an Ashkenazi Jew who escape both the Russian pogroms and the Nazis is deeply traumatised and developed a cold, cheap and stubborn attitude. Eli is the president of the local chamber of commerce, and every year he sets a small arts festival in the city, where he play disks after the performances of the local bands. When he learns that the giant festival that was supposed to star Joplin and Hendrix in the village next door is cancelled because the locals are scared of being invaded by hippies, he call the organisers and offers his licence to set this festival.

What’s following is History. During an interview after having smoked MJ, Elliot starts a delirium on Freedom and everyone understands that the festival will be free.

Ang Lee’s directing is really clean, mixing real archives and recreated one. The story is very classically written ,a s an Hollywood script: a main character slightly in the background of the events with strong and complexes supporting characters who follow their own logic till the end. Like in all the good classic American scripts, the events will change the characters and begin to heal their personal wounds.

Woodstock was of course the opposite of the American dream and ideology of the fifties, but somehow with a classic Hollywood script the form tells us that Woodstock became parts of this “dream” as much as a good home. Anyway now 40 years after we all know that the hippie attitude lost its power of contestation. Ang Lee shows us an ameliorated Woodstock with beautiful and fit hippies and no overdoses. But though I had to express those points I experienced a great amount of joy and this film was all in all cathartic: a wonderful experience.

How not to be moved by the fact that so many people responded to a call for peace, and music? How not to be moved by this common desire of looking for happiness far from consumerism? And to understand the world? This film gave me a precious energy that I didn’t have when I entered in the theatre. My favourite’s moments are the Earthlight Players representation, and when Eli takes LSD in the Volkswagen truck with the music of Love (the band)!


Fils et Filles de baby-boomers, pour nous Mai 1968 et Woodstock représentent les summums de la révolte des années soixante. On a tous vu les vidéos de Jimmy Hendrix fracassant sa guitare, Janis Joplin, s’intéressant au sort des milliers de spectateurs venu la voir sous la pluie. Bref l’événement nous est plus que familier, alors la démarche d’Ang Lee , cinéaste flirtant avec tous les genres, d’adapter le livre Taking Woodstock: A True Story of a Riot, a Concert, and a Life de Elliot Tiber, ecrit avec Tom Monte , parlant de l’organisation de l’événement, semblait un angle parfait et nouveau.

La plupart des êtres humains ne sont pas en avance sur leur temps, rarement ils vivent avec leur temps et le plus souvent ils sont en retard. Les films et les fictions se focalisent le plus souvent sur les gens exceptionnels parce que ce sont eux qui font l’histoire. Mais le hasard et les coïncidences mettent parfois des gens ordinaires (est-ce que cela existe vraiment ?) dans des situations extraordinaires. C’est le cas de Elliot Tiber qui pour être un bon fils, a laissé tomber ses espoirs personnels pour aider ses parents à sauver un motel assez pourri dans la bourgade oubliée de Bethel, Woodstock. Sa mère juive ashkénaze rescapée de la Russie des tsars et de l’Europe nazie, est profondément traumatisée, et sa capacité a ressentir et être empathique est minimum. Elle est une espèce de tortionnaire radine en souffrance. Eli est président de la chambre de commerce locale et propose tous les ans un petit festival culturel où les groupes locaux jouent leur musique et où il passe des disques. Lorsqu’il apprend que le festival géant qui devait avoir lieu à quelques kilomètres de son village, est annulé car les locaux ne veulent pas être envahis par les hippies, il propose aux organisateurs d’utiliser son autorisation sur Woodstock.

La suite c’est l’Histoire. Lors d’une interview alors qu’il a fumé du hash, il part dans un délire sur la gratuité et le mot est vite répandu dans toute l’Amérique, que le festival sera gratuit.

La réalisation d’Ang Lee est très léchée, mélangeant les images d’archives et d’archives recréées. L’histoire est très classiquement écrite c’est un scénario Hollywoodien : un personnage principal, en léger recul par rapport aux événements avec des personnages secondaires aux personnalités complexes qui vont jusqu’au bout de la logique de leur personnage. Comme dans tout bon scénario classique américain, les événements transformeront ces personnages et commenceront à les soigner de leurs malaises personnels.

Woodstock pendant au rêve américain consumériste des années 50, devient alors récupéré par la morale américaine. De toute façon avec le recul, et la génération babyboomeuse accédant au pouvoir, la « hippie attitude » a perdu depuis longtemps son pouvoir contestataire. Ang Lee nous présente un Woodstock, d’une certaine façon amélioré. Les hippies (surtout ceux qui se mettent à poil) sont tous beaux, et le pendant négatif du festival (les overdoses… n’est pas montré) Mais si je me devais d’exprimer ce bémol, le film est absolument jouissif et cathartique.

Comment ne pas être ému en effet qu’autant de monde ai répondu à un appel pour la paix et pour changer le monde ? Comment ne pas être ému par ce désir de tous de chercher le bonheur ? Et de comprendre le monde ? Bref ce film m’a donné la pêche ! Et si malgré son utilisation du split screen et sa réalisation soignée je ne le trouve pas révolutionnaire, j’aime l’énergie positive qu’il nous balance à la figure. Mes moments préférés dans la film sont la représentation des Earthlight players, et lorsque Eli prend de l’acide avec en fond musical la musique de Love ! Ce film est un excellent pendant à l’infâme publicité de BMW qui est projetée avant le film (vous savez « La Joie ») en montrant une image réelle et communicative de la joie est du bonheur!

Allez-y !!!