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Wednesday, 26 September 2012

Grey Gardens (1975) Albert and David Maysles




English version follows the French one ( sorry I can't make the link inside to work yet)
Grey Gardens est un documentaire des frères Maysles qui ne prend par parti et ne juge pas les personnages qu'il filme. Il nous présente Edith Bouvier-Beale, et sa fille Edith Beale, deux socialites recluses dans les Hamptons, tante et cousine de Jackie O.
Big Edie, la mère avant de se marier avait entamé une carrière de chanteuse, lorsqu'elle a épousé Mr Beale et eut trois enfants avec lui, elle n'a pas pour autant cessé de chanter et de faire ce qu'elle voulait. Son mari peu fan du côté bohème de son épouse, l'a donc laissée à son amant, lui donnant de l'argent de poche qui ne lui permettait pas d'entretenir la grande maison de Grey Gardens. C'est lorsqu'elle a été quittée par son amant que Big Edie a fait en sorte que Little Edie vienne la rejoindre.
Little Edie quand elle était mannequin
En 1971/2 les voisins se sont plaints de l'état sanitaire de la maison. Big Edie et Little Edie vivaient sans eau, ni chauffage, ni électricité, elles nourrissaient des chats et un raton laveur, et accumulaient des milliers de détritus car comme disait little Edie « C'est incroyable dans une ville républicaine, il faut payer pour qu'on vienne chercher vos ordures ». En jouant de leur image d'artistes et de socialites déchues Big et little Edie ont réussi à attirer l'attention des médias, et Jackie O est venue à la rescousse.
Le documentaire ne fait que survoler toutes ces occurrences et nous donne le loisir de faire la connaissance de ces deux femmes bohèmes s'il en est.
La première chose qui est frappante c'est à quel point ce dénuement ne les affecte pas moralement, Little Edie a beau dire qu'elle déteste la campagne et qu'elle veut retourner à New York elle semble, malgré tout, avoir trouvé un équilibre auprès de sa mère. Il est fascinant qu'une telle situation ne soit pas glauque, parce que ces deux femmes qui avec leurs accents du sud pourraient être des personnages de Tennessee Williams, ne semblent pas être conscientes de l'état de décadence de leur maison et de leur vie.
Little Edie le dit très justement, elle a quand même 56 ans, que dans cette maison elle ne se voit pas comme une femme mais une petite fille. Et elle se déguise, porte une attention minutieuse à ses tenues, et protège toujours ses cheveux sous, soit, un pull entouré comme une écharpe ou un foulard. Big Edie non plus n'est pas plus émue que ça par sa situation, elle parle du passé comme si c'était hier, mais ne regrette rien. Que les chats aillent faire leurs besoins derrière son portrait l'amuse « c'est une terre consacrée »dit-elle. Elle est pauvre mais elle fait ce qu'elle veut. Big et little Edie jouent au même jeu, elles ne sont pas folles mais ne cherchent pas à voir le réel autrement que par le prisme de leur fantaisie. À 79 et 56 ans elles jouent encore, elles mangent ce qu'elles veulent, principalement des glaces et du pâté, écoutent des disques, chantent et dansent.
C'est un documentaire tout à fait passionnant à regarder, qui présentent des personnages hors du commun et extraordinaire. Si little Edie est parfois en colère contre sa mère ou nostalgique de ce qu'elle aurait pu faire, on sent bien qu'elle n'a été retenue que par amour, que c'est l'amour pour cette mère et pour cette relation de jeu, de danses et de chants qu'elles ont et qui est unique, qu'elle est restée. Grâce à ce film on peu imaginer ce que l'on serait devenu si on n'avait pas laissé derrière nous l'irraisonnable folie de l'enfance. Au final le portrait n'est pas si effrayant que ça. Little Edie ressasse souvent cette envie de partir mais ajoute, et pour moi ça explique beaucoup, qu'elle ne voudrait pas que sa mère meurt car elle est « too much fun ». Little et Big Edie se sont toujours mises en scène, ce qu'elles ont attendu toute leur vie c'était quelqu'un pour venir les filmer et ce furent les frères Maysles.
Little Edie and the Maysles Brothers




English version
Grey Gardens is a documentary which was made by the brothers Maysles. It doesn't judge the filmed characters and let us discover their personalities. Here, they are:Edith Bouvier Beale and her daughter Edith Beale, two reclusive socialites, living in a devastated house in East Hampton, aunt and cousin of Jackie O.
Big Edie on her wedding day
Big Edie, the mother, before getting married had started a singer career, when she married Mr Beale and had three children with him, she didn't cease performing even though it was at home and with friends. Her husband didn't like to have a bohemian wife, and left her with her lover, with a small monthly allowance that didn't allow her to keep the house in a good state. That's when her lover left her that she did everything she could to bring little Edie back.
Little Edie in her youth
In 1971/72 the neighbours complained about the sanitary state of the house. Big Edie and Little Edie lived without water, nor heater, nor electricity, they fed cats and a racoon, and accumulated litter, because as Little Edie said « in a republican city you have to pay to have your own waste taken ». Playing with their artistic and socialite background they succeeded attracting media attention, and Jackie O came to rescue them.
This documentary does not explain all that, it is focused on the Beales stories, and personalities.
Little Edie express it very clearly, that even though she's 56 years old, that in this house she doesn't see herself as a woman but as a little girl. And she dresses up, protect her hair with scarfs or sweaters. Big Edie isn't moved either by her situation, she talks about the past without any bitterness, and doesn't regret anything. She does not care that the cats are peeing behind her portrait. She laughs saying that it's « consecrated land ». She is poor but does what she wants.
Big and little Edie play the same game, they're not crazy but they don't try to see the real any other way than through the prism of their fantasy. At 79 an 56 they still play, mainly eat pâté and ice cream, listen to music, sing and dance.
This documentary is fascinating to watch because of these amazing characters, bigger than life. And if Little Edie is sometimes angry against her mother, or nostalgic about what she could have done with her life, it's clear that she was only retained by love, and that is the love of and for this mother and for this relationship they had, made of songs and dances, which is unique, that she stayed.
Grey gardens gives an idea of what would become of us, if we refused to grow up, and be sensible. And eventually the portrait is not as scary as it could be. Little Edie might always think of leaving the Hampton but she wouldn't like her mother to die « she's too much fun ».
Theses women have rehearsed their show for a long time, and what they've been expecting all their lives was someone to film them, and those persons were the Maysles brothers .
New documentary made from the rushes of Grey Gardens

Monday, 10 September 2012

The We and the I, Michel Gondry


 The English Version follows the French one!
La projection avait lieu dans le cadre de la soirée de lancement des pépites du cinéma, un festival  de cinéma passionnant que Michel Gondry soutient et c'était donc la raison de sa présence vendredi 7 septembre à la Courneuve!
La Projection 
Quand Emilie, ma pote peintre, m'a textée me proposant d'aller voir une avant-première de The We and the I je n'ai pas hésité un instant pour dire oui. D'abord parce que je suis toujours extrêmement curieuse des nouvelles oeuvres de Michel Gondry et particulièrement les moins commerciales, ensuite parce que j'avais juste très envie de voir ce film. Donc je ne me suis pas refroidie quand j'ai su que la projection serait à La Courneuve, me disant que c'était logique d'aller en banlieue parisienne pour aller voir un film sur des jeunes du Bronx.
À l'entrée du ciné, c'était le Bronx, enfin le bazar, une bande de jeunes voulait participer à la séance et la responsable leur a dit d'un air déçu «Pour une fois que vous voulez venir voir des films chez nous y a pas de place!» et eux « Mais on est chez nous ici!». Ce cinéma, l'étoile, n'est pas un îlot dans la banlieue et il essaye d'attirer les jeunes du quartier.
Donc on est installées dans la salle, et Gondry arrive pour présenter le film. Pas du tout le Gondry des interviews que j'ai vues et lues, il était déjanté et ludique, expliquait qu'il avait insisté pour que le film sorte en avant-première extra-muros et que c'est aussi difficile de sortir de Paris que d'y entrer. Tout son discours était justement tourné vers ces lascars qui avaient voulu entrer (et qui étaient disséminés dans la salle), c'est pour leur montrer le film à eux qu'il est venu à La Courneuve. Et en même temps il essayait d'affirmer sa street-credibility en rappelant que c'est lui qui avait fait le clip de IAM Je danse le mia, qu'il venait lui aussi de la banlieue, certes la banlieue moquette mais que son groupe Oui Oui en rapport avec NTM 93 s'était surnommé ETM 78 (encule ta mère)! C'était très drôle et rafraichissant de l'écouter partir dans tous les sens sans la moindre censure ni dans le vocabulaire ni dans les idées! Quand j'ai appris via the Playlist que son prochain film avait au casting Tautou, Duris et Elmaleh, j'ai été très déçue, et justement Gondry a alors perdu pas mal de sa crédibilité pour moi, qui fut rétablie vendredi par un magnifique et poétique «ils me font chier les couilles ».


Le film:
Un sound system sous forme de bus roule dans les rues de New York. C'est le dernier jour de classe, les élèves sortent, et vont à l'épicerie d'à côté récupérer leurs portables qu'ils ont mis en consigne pour un dollar la journée. Térésa avec une perruque blonde sur la tête attend. Le bus arrive et les gamins montent dedans, prennent leur place pour jouer leur rôle dans le théâtre de leur vie. The We and the I observe les adolescents et la grande différence qu'il y a entre leur comportement en groupe et en tant qu'individu (ce qui explique le titre). Le trajet est assez long pour qu'on ait le temps d'approfondir, et de dépasser la première impression. Pour toute personne prenant les transports en commun le chahut des adolescents, leurs incivilités, sont un spectacle quotidien qu'on a jamais l'occasion d'approfondir. On n'a rarement l'opportunité de dépasser le dérangement occasionné par cette jeunesse pleine d'énergie. Et là Gondry nous donne accès à cette richesse. Il nous donne une nouvelle grille de lecture pour aborder le réel.
Dans la première partie « the bullies » j'ai pensé aux Mauvaises Fréquentations de Jean Eustache, et à ces jeunes hommes qui n'arrivant pas à se canaliser faisaient souffrir quelqu'un qu'ils auraient pu aimer, comme ça par maladresse. J'ai retrouvé entre les jeunes-hommes en manque d'amour des années 60 et ces adolescents du Bronx, le même genre de cruauté qui bien qu'il me mette mal à l'aise fait partie d'un réel rarement dépeint au cinéma.
ça n'est pas des personnages que Michel Gondry nous permet ici de découvrir grâce à cette unité de temps et d'action (qu'est le bus), mais de vrais personnes. Comme dans L'épine dans le coeur, il laisse la place à tout, quitte à risquer de perdre un peu la rythmique idéale d'une fiction. Cette façon qu'il a de tout inclure de l'humain dans ses films, la réalité, les fantasmes, les rêves, les côtés obscurs, et les lumineux, me passionne. Il s'agit d'un film qui créé un écrin pour permettre à des jeunes de raconter leurs histoires et leur réalité.
C'est dixit Gondry la vision des ateliers de la Cité de Dieu qui lui a donné l'idée, de lui aussi créer des ateliers à The Point (un centre social dédié à la créativité dans le Bronx) et pendant 3 ans il a travaillé avec ces jeunes, il les a écouté s'exprimer.
The We and the I est un film puissant, une enquête pratiquement sociologique sur la jeunesse des quartier défavorisés.
Ce que Michel Gondry fait avec la fabrique des films amateurs ( qui fait en ce moment le tour du monde), et ses films moins commerciaux, est pour moi, ce que le cinéma contemporain devrait être: décrire la vraie vie comme elle est, avec ses incohérences de scénario, son manque de rythme, et devrait laisser à ceux qui sont condamné au silence dans les médias, l'opportunité de s'exprimer. The We and the I est pour moi jusqu'à maintenant l'oeuvre la plus forte de Gondry, il faut absolument aller le voir!


The screening:
When my friend Emilie who's a painter, asked me by text if I wanted to see The We and the I, I immediately said YES. First because I am always extremely curious about Michel Gondry's new opuses especially the less commercials, and then I really wanted to see this film. So it didn't scare we away when she told me that the projection would be in a hot suburb, I thought it was logical for a film shot in the Bronx to be shown in a generally feared suburb.
At the entrance of the movie house the organisation was slightly shambolic, youth wanted to see the film without invitation, and the lady at the desk said disappointedly « For once that you're interested about what is going on here, we're fully booked » and the kids with all the attitude they had « But that's our home! ». This cinema in the middle of a difficult neighbourhood, is not an island and tries to attract the inhabitants in its walls.
So we went into the room, installed ourselves, and then Michel Gondry showed up to present film. I didn't know for sure that he would come, Emilie kept me in the dark. He was not at all the Gondry I am used to in interviews (very calm and put together): he was extremely enthusiastic, joyful and crazy. He explained that he wanted to present the film outside of Paris, in the suburbs. In France poor people live in the suburbs while in USA they live inside the cities centers but they have the same difficulties to access culture, social status... He was very pedagogic to explain who he was to those kids who eventually joined the audience. 
To affirm his street credibility he reminded them that he's the one who did IAM's video clip of Je danse le MIA (French Hip Hop), that he also comes from the suburbs, even though his was a quiet one, but that his band OUI OUI to answer to NTM 93 ( hip hop band, NTM means Fuck Your Mum, 93 is the number of the district they come from) they called themselves ETM 78 ( Fuck your mum in the ass) 78 is for Versailles.
That was fun and refreshing to hear an uncensored speech! When I learned through the playlist that Gondry was shooting L'Ecume des jours with Audrey Tautou, Gad Elmaleh and Romain Duris ( Bankable but boring actors) I was very disappointed, and doubted his artistic credibility but Friday he said ( literal translation) « They're shitting my balls». Sorry for those shocked by strong language!

The film:
A small sound-system bus is travelling into the street of New York. That's the last day of school, the pupils are leaving, and they're going to check out their mobile phone that were kept in the local grocery shop for one dollar a day. Teresa wearing a blond wig waits for the bus. Then it arrives and the kid take their places in it to play their parts in the theatre of life. 
The We and the I observes the difference between the teenagers social and intimate behaviour (that's where the title comes from). The bus'route is long enough for us to really get to know all of them and surpass the first impression. Everyone who has taken public transportation has been a witness to groups of teenagers misbehaving, that is, I would say, a show that we can witness every week day, but we never get to find out more about them when they act like clichés with attitude. And that's what Gondry did, he gave us access to the persons not the parts, and this way gave us a new way of perceiving what is going on in life.
This film is fantastic and rich, I could not start to describe all the wonders in it and the reason why it is so interesting is that we're not confronted to characters, the kids are not professional actors, they are not playing parts, they are being themselves and telling their own story. Gondry met the kids, in a social centre named The Point which gives them the opportunity to make art, and also learn activism. He listened to their stories and worked three years with them. Like in The Thorn in the Heart, Gondry does not fear to show the good and bad sides of his characters, he takes everything from reality and does not try to bend life to the structure of a film.
What Michel Gondry is doing with the amateur film factory (which is travelling all around the world), and his non commercial films is to me, what cinema should really be about: depicting real life as it is, with its script incoherences, its lack of rhythm, and let those who never have the opportunity, express themselves. The We and the I is to me until now the strongest work of Gondry, it's an absolute must seen!

Saturday, 9 June 2012

Make Way For Tomorrow/ Place aux jeunes, Leo McCarey 1937

LA VERSION FRANçAISE SUIS LA VERSION ANGLAISE (PAS BESOIN DE GOOGLE TRAD)

What worth a society which separates those who love each other from one another, whether they're young or old?
Make way for tomorrow is a unique film which was the favourite of his author and was beloved by his fellow filmmakers, artists such as Jean Renoir or John Ford...
It was a huge commercial failure but for those who have eyes this film is a masterpiece, in the classical sense that it is perfectly made (in a way that perfection has rarely reached), and in the artistic sense that this film has a soul, that it will touch you to the core and that you will never forget it.


The subject of this film touches us all because it has to do with love, family, society and money. Our two witty characters have never been rich but have always loved one another when the whim of men decides that for stupid economical reasons they'll have to live apart in places where they don't fit, and where their personalities are not enjoyed.
Beulah Bondi and Victor Moore are magnificent of simplicity and perfection, they are the characters, we can feel behind them the fifty years of marriage, of hard time and beautiful times, and how they enjoyed each other through all the ordeals.

How many film have elders as main characters? yes the Ozu's, Make way for Tomorrow inspired Tokyo Story, there's also Cocoon, what else? It's surprising that in 2012 when an important part of our populations is aged that most of the films are still just about young people and teenagers not respecting the demography and not helping individuals to cope with the fact that we'll all get old.

Without breaking the story there are a few scenes and instants from this film that I will never forget:
Living with his daughter Bark (Victor Moore) made a friend in Max Rubens (Maurice Moscovitch who played in Charles Chaplin's Great Dictator). Both philosophise about children's ungreatfulness and have fun observing life and being naughty.
The scene where Bark asks Max to read Lucie's letter to him should be shown to anyone who wants to be a filmmaker to learn how to mix subtely humour and pain, to deliver a message without any obviousness, and to display what acting at its momentum is .

I also love when Victor and Lucy watch in a shop window an advertissement saying “ Save while your young” and Bark laughs and says something like “ they should have informed us earlier”.

I love Bark and Lucy because they're like La Fontaine's Grasshopper. They didn't save and they enjoyed their life.
My favourite moment is when they're having dinner in the hotel where they spent their honey moon, and are about to kiss after saying the nicest things to each other but stop because we are there and they don't want to display elderly love. There is nothing that I love more in films than when the part of voyeur is denied to the viewer, and when he/she, from that learns that the characters have an intimacy and secrets that he/she will never get to know, that reinforces the sense of reality and the illusion of the existence of the characters.

I loved watching this film though I spent it silently crying. It was made in 1937 but it hasn't aged at all, and we can all recognise situations that we have witnessed, but it is never demonstrative or cheesy. Make Way for Tomorrow is as classy as can be. It has a masochistic Andersen's quality and demonstrates going through our hearts not our brains the absurdity of the way society handles individuals' fates.

VERSION FRANçAISE
Quelle est la valeur d'une société qui sépare deux être qui s'aiment, qu'ils soient jeunes ou vieux?
Place aux jeunes est un film unique qui était le favori de son auteur, et le préféré de ses collègues, des artistes tels que Jean Renoir ou John Ford...
Ce film subit un échec commercial retentissant mais pour ceux qui ont des yeux c'est un chef d'oeuvre, au sens classique car il est parfait techniquement ( d'une perfection qui a rarement été atteinte) et au sens artistique car il a une âme, qu'il vous atteindra aux tripes en douceur et que jamais vous ne l'oublierez.

Le sujet de cet opus nous touche tous parce qu'il a à voir avec l'amour, la famille, la société et l'argent. Nos deux héros n'ont jamais été riches mais ce sont toujours aimés lorsqu'un jour le caprice des hommes et une crise économique décident qu'ils doivent vivre loin l'un de l'autre, là où ils n'ont pas leur place, là où personne n'apprécie leur personnalités.
Beulah Bondi et Victor Moore sont magnifiques de simplicité et de perfection, ils sont les personnages, on sent derrière eux les cinquante années de mariage, de jours difficiles et de jours heureux, on sent à quel point ils se sont appréciés, à quel point ils se connaissent, comme il est rare et précieux de connaitre quelqu'un.

Combien de films ont des personnes âgées comme personnages principaux? Oui les Ozu, Place aux jeunes a inspiré Conte de Tokyo, il y a Cocoon, le vulgaire Tatie Danielle, et puis? Il est étonnant qu'en 2012 alors que les 3ieme et 4ieme age sont une part importante de la société qu'on ne leur consacre pas plus de fictions, alors que de toute évidence nous allons tous vieillir et que le cinéma nous permet aussi d'envisager et de questionner la situation.
Sans vous raconter l'histoire il y a quelques scènes et instants dans ce film que je n'oublierais jamais et je veux vous les dépeindre:

Bark (Victor Moore) vit chez sa fille et est devenu ami avec Max Rubens l'épicier juif ( joué par Maurice Moscovitch un des magnifiques voisins dans le Dictateur de Charles Chaplin). Tous deux philosophent avec humour sur les écarts de génération et l'ingratitude des enfants, ils observent la vie qui suis son cours avec leurs regards coquins et amusés.
La scène où Bark demande à Maurice de lui lire la lettre de Lucie parce que ses lunettes sont cassées devrait être montrée à tous ceux qui veulent devenir cinéastes. C'est une merveilleuse occasion de voir une scène construite avec une intelligence et une beauté profonde qui mélange subtilement l'humour à la douleur et nous montre des acteurs à leur summum.
J'aime aussi lorsque Bark et Lucy voit dans une vitrine une publicité qui dit « économisez tant que vous êtes jeune » et Bark rit sur lui-même et dit « Ils auraient dû nous en informer plus tôt! »
D'ailleurs j'aime Lucy et Bark parce qu'il sont comme la cigale dans la fable de La Fontaine. Ils n'ont pas économisé mais ils ont profité de leur vie.
Mon moment préféré est lorsqu'ils ont fini leur diner dans l'hôtel où cinquante ans plus tôt ils ont passé leur lune de miel. Ils sont sur le point de s'embrasser après s'être dit les choses les plus adorables du monde, lorsqu'ils prennent conscience qu'on les regarde, où qu'on peut les regarder, nous les spectateurs et les autres, les gens du restaurant. Il n'y a rien que j'aime plus dans un film que lorsqu'on refuse au spectateur le rôle de voyeur qu'il prend naturellement, qu'on lui laisse juste entendre qu'on lui cache des choses et qu'il ne sait pas tout, cela renforce le sens de l'intimité et de l'existence des personnages.
J'ai adoré regarder ce film même si je l'ai passé à pleurer. Il est sortie en 1937 mais n'a pas vieilli du tout et on peut tous y reconnaître des situations dont on a été témoins. Pourtant cet opus n'est jamais démonstratif, sirupeux ou vulgaire. Place aux jeunes est aussi élégant que possible. Le regarder procède du même plaisir masochiste qu'on a à visionner certains film d'Ozu ou à relire un conte d'Andersen et il démontre en passant par nos coeurs et sans s'occuper de nos cerveaux l'absurdité avec laquelle la société gère parfois les destins individuels.
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