Friday, 11 December 2009

THE LIMITS OF CONTROL JIM JARMUSCH





ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE!
Un tueur (Isaach de Bankole) vêtu de costumes de soie sauvage, suit les traces données par une mystérieuse organisation pour tuer un homme (The Man?*). Chaque personne qu’il rencontre durant son voyage échange avec lui une boite d’allumette contenant les informations dont il a besoin, et lui parle de son sujet favori, comme si avant qu’il atteigne sa victime il devait ingérer (comme les bouts de papier dans les boites d’allumettes) tout un bagage théorique sur la vie, l’art et son sens. Ce film est un voyage, un jeu d’imagination, une chasse aux trésors…

Concentré et plus qu’humain (ou moins, de façon éphémère) dans sa discipline de travail, notre tueur ne se détend jamais, ne dort pas et n’a pas de relations sexuelles. Sa discipline nous rappelle celle du samouraï dépeinte dans un autre film de Jarmusch : Ghost Dog. Lorsqu’il travaille tous ses sens et aussi son sens du goût sont hypersensibles pour détecter le moindre changement dans l’environnement et se débarrasser des éléments perturbateurs que sont les revolvers et les téléphones portables. Non seulement il est payé pour tuer un homme, mais aussi pour vivre un voyage initiatique. Ce voyage au lieu d’être focalisé sur la spiritualité, est concentré sur les arts (musique, peinture, cinéma) le sens de la vie de Bohème, les drogues hallucinogènes et enfin la Révolution, Révolution contre les forces qui oppressent l’imagination, Révolution contre les forces qui essayent de tuer la fantaisie et les rêves !

En regardant le film j’ai souvent pensé au bouquin de Paul Auster (La Cité de Verre) dans lequel un détective est payé par l’homme qu’il observe (si je me trompe sur l’histoire ne m’en veuillez pas j’ai lu ce livre il y a 1000 ans).
A chaque fois que notre assassin se déplace vers une nouvelle ville, la chambre où il vit est plus dénuée et l’environnement plus éloigné de la civilisation, plus lumineux et plus pure. Plus nous avançons dans l’histoire, plus le paysage devient lui aussi halluciné.
J’ai adoré ce film d’un bout à l’autre: la formidable musique de Boris ( qui rappelle le meilleur de My Bloody Valentine), l’histoire, le traitement visuel, l’humour, et le sens général de cette quête ont fait vibré toutes les cordes de mon être.

Très vite on comprend que l’organisation est plus métaphysique que criminelle, et la fantaisie (et les fantasmes), la sensibilité, la personnalité de chaque personne avec qui le tueur interagit est excitante et géniale.
Ce film est construit sur la répétition et la différenciation ; tout semble pareil, mais tout évolue, et si le rythme commence lentement comme celui d’un flamenco il va s’accélérer pour arriver à un sommet orgasmique.
Cette œuvre me fait aussi penser aux aventures de Corto Maltese lorsqu’elles deviennent abstraites, comme dans mon album favori Mü, où Corto parti à la recherche du continent perdu fini par explorer son propre inconscient. J’adore lorsque la géographie se mélange avec la conscience profonde des hommes.
Je suppose que tout le voyage est fait pour ouvrir l’esprit du tueur, pour lui permettre d’utiliser son “Imagination”!
Ce film me rappelle aussi les Cassavetes dans lesquels les meurtres et la Mafia font parti de l’histoire: Gloria et Meurtre d’un Bookmaker Chinois. Ces deux films, à un certain point, deviennent magiques et se dédouanent du réalisme : j’ai toujours été impressionnée par l’habileté avec laquelle Cosmo Vitelli mène le meurtre, et nous ne saurons jamais comment Gloria a fait pour échapper au piège de l’ascenseur.

The Limits of Control est construit et puissant, pour moi c’est le plus beau de tous les films de Jim Jarmusch . Je suppose que les gens qui ont quitté le cinéma, ou qui se sont ennuyés, aiment avoir une longueur d’avance sur le film qu’ils regardent (comme avec les blockbusters) ou bien ils sont incapables de se laisser porter par une fiction et un monde imaginatif qui n’est pas le leur… peut-être ! En tout cas, les gens qui ont aimés ce film, ont quittés le cinéma plus heureux que jamais.
J’ai vraiment apprécié la performance de tous les acteurs qui semblent s’être beaucoup amusés. J’ai particulièrement aimé les britannique Tilda Swinton en déesse kitsch du cinéma qui aime (comme moi) les vieux « très vieux films », ou John Hurt et sa voix de vieux dragon ( ;-)). Tous ces hommes et femmes de l’organisation viennent du monde entier, et ils semblent être comme les muses de l’antiquité : les protecteurs des arts.
Si ce que j’écris là vous a plus ou moins touché, allez absolument voir ce chef d’œuvre c’est pour moi le meilleur film de 2009 !

*The Man est une expression beaucoup utilisé dans le rock anglo-saxon pour parler de la société et de l’oppression en général « working for the man » c’est être l’esclave de la société !
A killer (Isaach de Bankole), dressed in wild silk suits, follows the tracks given by a mysterious organisation to kill a man (The Man?). Each person he meets en route exchange with him a matchbox containing the information he needs and tell him about his or her favourite subject, as if until he reach the man he has to eliminate, he had to learn about life and its meaning. It’s a road trip, a game of imagination, a treasure chase…
Focused and more/less human in his discipline of work our killer does not sleep or have sex. He reminds of us of the way of the samurai followed in Ghost Dog. While working, all his senses are akin to detect every changes in the environment and getting rid of disturbances like guns and mobile phones. He’s paid, not only to kill the man but also to have an initiatic journey. This journey instead of being focused on spirituality, is focused on arts (music, paint, cinema) the very meaning of bohemian life, hallucigenic drugs and finally Revolution, Revolution against the forces oppressing imagination, more than dull economic revolution. Revolution against the force which are trying to kill fantasy and dreams!
A Paul Auster’s influence crossed my mind, many times, with the way how the mission is constructed to also be a story.
Each time our killer move to another city and another room, this one become purer in terms of environment and more detached from life, the last one being covered by white sheet in the very luminous south of Spain. And also the further we go in the story the more hallucinated the landscape become.
I enjoyed every bits of this opus: the amazing music of Boris (reminding me of the best My Bloody valentine), the story, the visuals, the humour and the overall meaning.
Soon we get to understand that the organisation is more metaphysical than criminal and the fantasy, the richness of every person that interacts with our killer is exciting and fun.
The film is constructed on repetitions and differentiation, all seems the same, but everything keep changing like the rhythm of a flamenco, starting slow and then getting orgasmic.
It reminds me of the adventures of Corto Maltese when they become abstract like in my favourite album , where Corto was travelling to find a lost continent and ended up exploring is own subconscious, I love when geography mix up with the deep conscience of Men!
I guess that the whole journey is made to open the killer’s mind to make him able to use is Imagination!
This film also reminds me of the Cassavetes’ that involve the Mafia: Gloria and The Killing of a Chinese Bookie. Both at some point become magical in the way the character solve situation in impossible ways. I am always amazed at how Cosmo Vitelli is efficient in the murder, and we’ll never know how Gloria escaped from the elevator.
The Limits of Control is strong and beautiful, to me it’s the most amazing Jim Jarmusch’s and the strongest.
I guess that if people left the cinema or got bored it’s because they want to be ahead of the story like in a blockbuster, or that they’re unable to let themselves go in the fiction and imagination world which isn’t theirs… maybe! There is one thing I know the people who enjoyed it, left the cinema happier than ever!
I really enjoyed the performances of the actors who all had fun, especially the Brits Tilda Swinton as a kitsch cinema goddess who loves (like me) old “ very old films” or John Hurt with his great dragon’s voice (;-)). All those men and women of the organisation coming from all over the world are like the antic muses protecting the arts.
If anything I wrote touched you, don’t hesitate and go watch this master piece, to me it’s the best film of 2009!

Sunday, 6 December 2009

Au Hasard Balthazar by Robert Bresson


ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE. DO NOT GIVE UP!


Quand j’étais enfant, un professeur intelligent (je ne me rappelle plus qui c’était) nous a dit : « Pourquoi trouvez-vous que les ânes sont bêtes ? Vous trouvez que c’est bête de refuser d’être un esclave ? »
Dans un village de la campagne française, des enfants tombent amoureux d’un petit d’âne et demandent à leur père de l’adopter. Ils le baptisent religieusement Balthazar. Le temps passe, et les histoires d’amour enfantines ne sont plus qu’un cœur gravé sur un banc ; elles ont été remplacées par la cruauté de l’amour, la sensualité, l’avarice, et l’orgueil. Balthazar ainsi que les personnages de l’histoire sont valdingués entre dur labeur, déception, souffrance, cruauté et passions.

Ce film est un chef d’oeuvre, à chaque fois qu’un personnage ouvre la bouche, en sort quelque chose de juste, tendre , poétique, philosophique et cruel.
J’aime la façon dont la vie dans la campagne des années soixante est détaillée : comment le fils du boulanger, Gérard, un « blouson noir », bad boy électriquement érotique distribut le pain dans des huches, qui comme des boites aux lettres, sont à l’extérieur des maisons.
J’aime le fait qu’aussi méchants que les personnages puissent être les uns envers les autres, on ne peut pas les mépriser car ils sont humains avant tout et vivants et vibrants dans toutes les cordes de leur être. Comme Balthazar qui est leur esclave, ils sont les esclaves de leurs passions et de leurs aveuglements. C’est beaucoup plus beau à regarder que des cyniques qui se gardent de la vie de peur de souffrir !
Ce film est à la fois une fable sur la condition humaine et une histoire spécifiquement située dans un village français au milieu des années 1960. Quand Gérard allume sa radio c’est de la musique yéyé qui explose ! C’est une monde encore en évolution entre l’agriculture moderne et motorisée, et l’agriculture manuelle qui utilise encore les animaux de trait. Les personnages des adultes semblent issus de la littérature classique comme l’avare qui rappelle monsieur Grandet, dans l’Eugenie Grandet de Balzac, alors que les jeunes, représentent la jeunesse des années soixante qui est en train de s’inventer en tant qu’entité indépendante culturellement et moralement.
Ce film est aussi riche des thèmes classiques de la religion catholique comme le baptême, la bible, Marie, le pardon, les péchés capitaux, les fils et filles prodigues, l’âne et les moutons.
C’est déchirant lorsque la mère de Gérard lui donne une convocation qu’elle a reçu de la police (pour un meurtre) et lui dit qu’elle le cachera, et qu’elle l’aidera à franchir la frontière ; une larme coule sur son visage alors que lui est resté face à elle indifférent et moqueur, elle lui dit « je t’en prie ne méprise pas cette larme »…et l’on sait que par amour pour son fils , elle est prête à braver toutes les lois !
J’aime aussi, Arnold, la “clochard céleste” qui est effrayé à l’idée d’avoir peut-être commis un crime lorsqu’il était soul. lorsqu’il meurt de bonheur, il dit adieu à la borne kilométrique, et à son vieux pote le poteau électrique.

Et bien entendu, il y a Marie ( Anne Wiazemski) qui est si pleine de vie, et d’intelligence, avec son visage à la fois doux et dure et sa voix grave. Sa situation rappelle celle d’Agnès dans cet autre splendide film de Bresson : Les Dames du Bois de Boulogne.
L’âne lui-même est un acteur exceptionnel, il est touchant et magnifique ! J’aime le fait que lorsqu’on parle de lui il y a souvent une confusion. On pense d’abord que les gens faisaient une réflexion sur un être humain présent dans le même lieu. Balthazar est considéré comme un égal de l’homme, il est maltraité et parfois aimé comme les humains le sont entre eux. La mère de Marie dit de lui « Il est tout ce qui me reste, laissez le tranquille, il a travaillé toute sa vie, il est vieux, comme moi, il a le droit de se reposer. »
Ce film est brillant parce qu’il est au coeur du tourbillon de la vie, et en donne une image nette et toujours au rasoir. Animaux et humains sont connectés dans une vie dure mais passionnante, et s’il y a de la souffrance et du pardon, il n’y a pas de réel jugement et pas non plus de culpabilité réelle, ce qui unit les personnage plus que la moral et les institutions sont les rapport d’amour et de colère, de violence et de souffrance, ce film est émotionnellement très fort et très vivant !
Si souvent balthazar est battu, il est parfois câliné, comme disait Bjork « there is no map to human behaviour » mais il y a de l’amour et de la confusion ! Ce film est extraordinaire !







When I was a child, a wise teacher told us “Do you really think that donkeys are stupid? It is not stupid; it’s even rather intelligent to be reluctant to slavery!”


In a village, kids fall in love with a baby donkey, they ask their father to have him and religiously baptise him Balthazar. Everyone grows up, childish love stories become marks on a bench and the cruelty of love, sensuality, greed, and pride lead the world and Balthazar between hard work, disappointment, pain, cruelty and passion.

This film is a master piece, each time a character opens his/her mouth he/she says something altogether accurate, tender, poetic, philosophic and cruel. I love how the details of 1960’s rural life are depicted, how the baker’s son, Gerard, an electrically erotic bad boy, distributes the bread by taking the money from wooden bread boxes outsides of the houses (like mail boxes actually).
I love the fact that as mean as they can be all, they are lovable because they’re suffering humans. Life doesn’t leave them any choice either. Like Balthazar who’s a slave of humans, they’re slaves of their passions!
It’s altogether a fable on human destiny and a specific story situated specifically in a French village in the mid sixties. When Gerard opens his radio yéyé music burst! It takes place in a world in evolution still in between modern and motorised agriculture, and manual one using animals;the adults characters could come from classic literature like the Miser who reminds of Mr Grandet from Balzac’s Eugenie Grandet while the youngsters represent the youth of the sixties inventing itself as an independent entity with its own culture and own moral.


The film is also rich with classical themes of the catholic religion like the baptism, the bible, Marie, the forgiveness, deadly sins, prodigal sons and daughters, the donkey and the sheep.
It’s beautiful when Gerard’s mother give him the convocation he received from the police ( for a murder ) and tells him that she’ll hide him and with her help he’ll cross the border, a tear run on her face and she says to her son that remained silent and unconcerned “ don’t despise this tear”


I also love Arnold the “dharma bum” who’s scared of having killed a man while he was drunk, and who dies of happiness saying adieu to an electric post.


And of course Marie who’s so full of life and intelligent, her situation reminds of Agnes’ in another beautiful film of Bresson Les Dames du Bois de Boulogne. Agnes is a prostitute and love and is loved by a man who ignores it…





The donkey himself is amazingly touchingly beautiful! I love the fact that when people talk about him there is always confusion: first we always thought they talked about a specific person who’s also around. Balthazar is considered like an equal by the humans around him; they mistreat and love him like they do to each other. Marie’s mother says about him “he’s all I have left, leave him alone, he’s old like me, and he’s worked all his life, he deserves rest!”


This film is brilliant because it takes place in the middle of life, odd things happen but it’s always sharply right, animals and humans are connected in this life and if there’s pain and forgiveness, there is no judgement and no real guilt.
They sometimes hit Balthazar and after they caress him. “There is no map to human behaviour” but there is love and confusion! This film is extraordinary!
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