Monday, 4 July 2011

The Seagull / La Mouette 1968 Sidney Lumet


La version française suit

When I was studying literature at Uni, we worked on Chekhov short stories. I had to do an essay on one of them, and my grade was catastrophic. The teacher took me apart. She told me that my analysis of the character was very complex and intelligent, but that it was only one of the three levels of the analysis, and that I had to try and see not only who the character was, but also how it was written, and what the author meant to express. I didn't see or didn't want to see the big picture.

And until very recently it has always been my attitude towards Chekhov writings. Touched by the characters I never went further, I was probably scared to lose what I had gained. So I did not really understood his plays. I was an actress so the big picture did not really matter, what mattered was my connections with Nina, Sonia...

Things changed last year, when I saw Lev Dodine's direction of Uncle Vania ( in Russian) I understood that characters can say that they're sad when they look gay, or that they're boring when we're fascinated by them. A few weeks ago I watched a documentary on the conductor Valery Gergiev who said something very basic that I never got before, that he had to play all the instruments to conduct a symphony, and then I understood that as an actress I had always only focused, while reading a play, on the part I was interested in. I am not an actress anymore, I am a director now, so I have to understand the whole plays.


The Seagull,

I had four reasons to see this film: Simone Signoret plays Arkadina, James Mason, Trigorin, Vanessa Redgrave, Nina, the fourth is of course that The Seagull is my favourite play.

So I will only make a few reflections. Chekhov is not cinematic, because the action is not in the play, he offers us what comes before, and what happened after. A play is talkative and has to be, a film could be silent, things that we have to express and explain in so many words can be shown in one glare. So we have the foreplay, the after-play, and the reflection. This is what makes the modernity of Chekhov, so a film made from one of his works should question that, and find ways to have a point of view on the theatricality of a play and the way to make it cinematic.

For those who don't know the play:

A group of people is spending time in the countryside, some are stuck there, some are in vacation. Arkadina ( a famous actress) and her love interest Trigorin (a famous writer) are only there for a few weeks. Arkadina's son Kostantin presents a play to this audience, he is in love with Nina who's his actress. Nina's attracted by the famous writer, and leaves for Moscow when he does, leaving Kostia abandoned and unhappy.

Two years later, the same characters are reunited, Nina's love story with Trigorin was a failure, she's mainly destroyed as the seagull Kostia killed in anger, two years ago.

What is this story about?

The Seagull is constructed on love triangles, or should I say love vicious circles, vicious loops, because these failing stories are like obsessive loops in which the characters are prisoners until they die, like they are prisoners of the countryside they can not escape. Arkadina and Trigorin can live happy lives because they can move and escape, they can change of setting and experiment the relativity of life experiences but not Kostia, Macha and all of the other. Macha loves Kostia who loves Nina who loves Trigorin who loves himself...

Trigorin and Kostia are Chekhov, and that's where the humour of this play lays, Anton can mock himself throughTrigorin, who is sensitive, and does not, in his own speech, display megalomania, but does in his acts. When he meets Nina, he tells her the story he might write about this girl from the countryside who is free like a seagull, and a man, passing by, destroys her because he had nothing better to do. He is foreseeing the future, but though he knew what might happen, he plunges in the story without wondering...

The actors are amazing. Simone Signoret is the only non British actress, and you know I love her, but it is slightly strange that her character is having a point of view on the French relation between women and authors, pausing as a Russian with such a loud French accent...

I would say that it is where the film is clumsy. If conventions work on stage they only do on film when they're extremely clear (like in Lars Von Trier's Dogville for example), but here a relative naturalism is contradicted without any apparent reason or concept by the context. Kostia's play is supposed to be performed at night or twilight, but it's filmed in broad daylight...

It's important to see this film because it's wonderfully performed but as a filmic object it has absolutely no interest.



Quand j'étais étudiante à l'université, j'ai étudié les nouvelles de Tchekhov. L'analyse de l'une d'elle qui m'avait pourtant énormément touchée m'avait valu une note catastrophique. Mon analyse du personnage était très fine et intelligente, mais je n'en décollais pas, que je n'analysais pas le style de l'auteur et pire que tout que je ne cherchais pas à voir ce qu'il voulait nous dire en racontant cette histoire.

Je n'avais aucun recul, et jusqu'à très récemment c'était ma façon de percevoir Tchekhov.

Ses personnages me touchaient et je les comprenais de toute mon âme, sans jamais aller plus loin, j'avais probablement peur de perdre ce que j'avais gagné. Donc en réalité je ne comprenais pas ces pièces, engluée que j'étais comme une mouette dans du goudron dans les émotions.

Les choses ont changées lorsque j'ai vu l'an dernier à la MC93 la mise en scène ( en russe) d'Oncle Vania par Lev Dodine, là j'ai compris que parfois un personnage pouvait se trouvait ennuyeux en étant absolument fascinant, et que ça n'est pas parce qu'il se percevait de telle ou telle façon qu'il était ainsi ( comme nous dans la vie, d'ailleurs). Enfin j'ai vu récemment sur Arte un docu sur Valery Gergiev, le chef d'orchestre russe qui m'a permis de comprendre l'essence de la mise en scène: il disait qu'en tant que chef d'orchestre travaillant sur une symphonie, il devait connaitre la partition de tous les musiciens, comme un metteur en scène doit comprendre toute la pièce et jouer tous les personnages. Maintenant que je suis metteuse en scène, je comprends cela.


La Mouette

J'avais quatre raisons de voir ce film: Simone Signoret y joue Arkadina, James Mason, Trigorine, Vanessa Redgrave, Nina et La Mouette est ma pièce de théâtre préférée.

Je vais juste faire quelques réflexions: d'abord malgré toutes ses qualités scéniques et littéraires Tchekhov n'est pas cinégénique. Pourquoi? Parce que l'action n'est pas dans la pièce. Il nous présente l'avant et l'après. Une pièce se doit d'être bavarde, un film peut être silencieux, ce que 12 pages ont parfois du mal à exprimer, un seul regard peu le rendre clair. Donc avec Tchekhov nous avons les préliminaires, la conclusion et la réflexion, mais pas l'action, c'est normal, l'action n'est pas bavarde, mais un film qui adapte pour l'écran un texte de théâtre doit se poser la question de la théâtralité et de la ciné génie, sinon il n'apporte rien d'autre au monde qu'une chance de se dédouaner de la lecture.

Pour ceux qui ne connaissent pas la pièce:

Un groupe de personnes passe du temps à la campagne, certains en sont les prisonniers, d'autres sont en vacances. Arkadina ( une actrice célèbre) et son amant Trigorine ( un auteur célèbre) ne sont que de passage. Le fils d'Arkadina, Konstantin présente une pièce qu'il a écrite et dans laquelle joue son amoureuse, Nina. Mais Nina est attirée par Trigorine et le suit à Moscou pour entreprendre une carrière de comédienne, délaissant Kostia abandonné et malheureux.

Deux ans plus tard, les personnages sont de nouveau réunis à la campagne, l'histoire de Nina et de Trigorine a lamentablement échouée détruisant Nina, comme Kostia avait détruit cette mouette deux ans plus tôt.

Que raconte cette histoire?

La Mouette est construite sur des triangles amoureux, ou devrais-je dire des cercles vicieux. Car ces histoires d'amour sans espoir sont comme des boucles sans fin qui ne s'échappent jamais d'elles mêmes. Arkadina et Trigorine, peut être parce qu'ils sont libres de se mouvoir et de changer de scène comme bon leur semble, peuvent s'échapper, mais pas les autres personnages.

Macha aime Kostia qui aime Nina qui aime Trigorine qui n'aime que lui...

Trigorine et Kostia sont un peu tous les deux l'auteur, ils lui ressemblent, et l'humour de la pièce repose sur cette identification, car Tchekhov se moque de Trigorine, qui dans son discours ne montre aucune mégalomanie, mais qui dans ses actes et par sa désinvolture est égoïste et cruel. Quand il rencontre Nina qui tient la mouette que Kostia a tuée, il la transforme en personnage de nouvelle et prédit le mal qu'il va lui faire: au bord d'un lac il y avait une jeune femme libre comme une mouette, un homme passait par là et parce qu'il n'avait rien d'autre à faire il la détruisît. Il le prédit sans y prendre garde et plonge dans l'histoire d'amour qu'elle lui propose sans penser aux conséquences, comme quelqu'un qui verrait la fourmilière et au lieu de la contourner marcherait dessus sans se poser de questions, et sans cruauté aucune.

Les acteurs de ce film sont extraordinaires et compensent le manque de point de vue de Sidney Lumet. Simone Signoret est la seule qui n'est pas britannique, et vous connaissez tout l'amour que j'ai pour elle, mais c'est très étrange de l'entendre discourir sur la manière d'être des français comme si elle était une russe alors qu'elle a ce lourd accent français...

Je dirais que c'est là que le bas blesse. Si le théâtre fonctionne avec les conventions, au cinéma il faut qu'elles soient très claires et systématiques pour fonctionner ( comme dans Dogville de Lars Von Trier par exemple) mais ici un relatif naturalisme est contredit sans raisons apparentes ni concepts par le contexte. La pièce de Kostia est censée se jouer à la nuit tombée, elle est ici jouée en plein jour ( pourquoi?)...

Il est important de voir ce film parce qu'il est magnifiquement joué et compris par de très grands acteurs, mais en tant qu'objet filmique il n'a absolument aucun intérêt.


2 comments:

Anonymous said...

Bonjour! Je cherche ce film avec soustitrage en français depuis longtemps!!! Quelqu'un sait comment le trouver? Merci par avance!

Valérie said...

Tu n'as pas besoin des sous-titres tu achètes le livre et tu lis la pièce! :D

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